©Andrés Lejona

Monsieur Sefedin Mane

Comment était-ce possible qu’ils ne se lèvent pas pour la révolte ?

Comme nous n'avions pas de passeports, le gouvernement albanais pouvait accuser la France d'enlèvement. Nous avions peur que l'Ambassade nous renvoie. Puis, il y eut la visite du vice-président des Nations Unies. Nous l'avons accueilli sous les applaudissements. Il nous a demandé de rester calmes. Il ne voulait pas entendre de propos violents contre le gouvernement. Il nous disait qu'il était venu pour trouver une solution à cette situation. Le lendemain, des photographes sont venus nous photographier pour les passeports. Un matin, des bus nous attendaient devant l'Ambassade. On nous a distribué les passeports et nous sommes montés dans les bus. Il y avait un représentant de la sécurité de l'Etat dans chacun. Je l'ai entendu dire à une dame : " Tu comptes t'en aller en bonne santé ou veux-tu laisser ta cervelle ici ? " L'ambiance était très tendue et tout le monde était énervé. Nous sommes partis de Tirana en direction de Durres. À un carrefour, des centaines de soldats de la Garde de la République étaient alignés avec leurs fusils automatiques. Ils nous faisaient des signes humiliants. Leur message était que nous étions les déchets de l'Albanie. Au bord de la route, il y avait des Sigurimi partout.
À Durres, nous avons pris un ferry maltais avec un équipage ...

Extrait de l'entretien publié dans le livre Retour de Babel

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