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©Andrés Lejona

Monsieur Mohamed Zerktouni

Au Maroc, il existe une solidarité, un sens communautaire qui n’existe pas ici

À l'âge de quinze ans, je suis parti pour Ceuta. À cette époque, il ne fallait pas de papiers pour se déplacer, comme maintenant. J'y ai fait mon service militaire et j'ai pris la nationalité espagnole. Pour gagner ma vie, je suis allé à Cordoue, où j'étais forain. Je faisais des brochettes, appelées " pinchos morunos ". La moitié des bénéfices était pour moi, l'autre pour le propriétaire. Les foires commençaient toujours au printemps à Séville et finissaient en novembre, à Valladolid. La vie de forain est belle mais aussi difficile. Tu ne t'arrêtes jamais quelque part. Tant que tu travailles dans une foire, ça va. Mais si tu restes à ne rien faire pendant deux semaines, tu finis par dépenser ce que tu as gagné, car tu dois payer une pension, te nourrir, boire quelques verres, sortir. L'argent, ça vient et ça part… Finalement, ce qui compte, c'est la santé. Si on est en bonne santé, l'argent arrive.
Plus tard, je suis parti pour la Belgique où vivait un de mes oncles. J'ai rencontré un Italien qui était cordonnier. Je lui ai demandé s'il pouvait me donner du travail. Enfant, j'avais été apprenti cordonnier à Larache. Je suis resté un mois avec lui.

Extrait de l'entretien publié dans le livre Retour de Babel

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